Importance du développement émotionnel chez l'enfant
- sylviegerber9
- 31 oct. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 nov. 2025
Le développement émotionnel est une étape cruciale dans la vie d’un enfant. Il influence non seulement sa capacité à comprendre et gérer ses propres émotions, mais aussi sa manière d’interagir avec les autres. Pourtant, ce domaine est souvent sous-estimé par rapport aux apprentissages académiques. Comprendre pourquoi et comment favoriser ce développement peut transformer la vie d’un enfant et poser les bases d’une santé mentale solide à long terme.

Les trois premières années de la vie d’un enfant sont une période fondamentale pour son développement émotionnel. C’est durant cette phase qu’il apprend à reconnaître, exprimer et réguler ses émotions, et qu’il construit les bases de sa personnalité future. Au cœur de ce processus se trouve l’attachement, ce lien unique qui se tisse entre le bébé et ses figures principales d’attachement (généralement ses parents). Les travaux du psychanalyste John Bowlby, pionnier de la théorie de l’attachement, nous éclairent sur l’importance de cette relation : un attachement sécurisant permet à l’enfant de grandir avec confiance, curiosité et résilience.
Pourtant, il est essentiel de le rappeler aux parents : vous jouez un rôle majeur, mais vous n’êtes pas tout-puissants. Le développement émotionnel de votre enfant dépend aussi de son tempérament, de son environnement, et même… du hasard. Vous n’êtes donc pas responsables de tout, et encore moins coupables si tout ne se passe pas comme dans les livres.
L’attachement : un port sûr pour explorer le monde
Qu’est-ce que l’attachement ?
Selon Bowlby, l’attachement est un système innée qui pousse le bébé à chercher la proximité de ses figures d’attachement pour se sentir en sécurité. Ce lien se construit au fil des interactions quotidiennes : les câlins, les regards, les réponses aux pleurs, les jeux… Quand l’enfant se sent en sécurité, il ose explorer le monde, sachant qu’il peut toujours revenir vers sa « base sécurisante ».
Exemple concret : Un bébé de 10 mois rampe vers un jouet, jette un coup d’œil à sa mère, puis retourne vers elle pour un câlin avant de repartir. Ce va-et-vient est typique d’un attachement sécurisant : l’enfant utilise sa figure d’attachement comme un point d’ancrage pour découvrir son environnement.
Les différents types d’attachement
Bowlby et ses collaborateurs (comme Mary Ainsworth) ont identifié plusieurs profils d’attachement, observables dès la première année :
Attachement sécurisé (60-65% des enfants) : l’enfant se sent en confiance, explore librement et se console facilement auprès de ses parents.
Attachement insécurisé-évitant : l’enfant semble indépendant, mais évite le contact après une séparation (il a appris que ses besoins ne seraient pas toujours comblés).
Attachement insécurisé-ambivalent : l’enfant est à la fois en demande de contact et en colère, comme s’il ne savait pas si ses parents seraient disponibles.
Attachement désorganisé (le plus rare) : l’enfant montre des comportements contradictoires (approche puis évitement), souvent lié à des situations de grande détresse ou de maltraitance.
À retenir : Ces profils ne sont pas des étiquettes figées. Un enfant peut développer un attachement sécurisé même si ses parents ne sont pas « parfaits ». Ce qui compte, c’est la qualité des interactions la plupart du temps, pas à chaque instant.
Le développement émotionnel mois après mois
0-12 mois : découvrir les émotions et la régulation
Durant la première année, le bébé apprend à :
Reconnaître les visages et les voix (dès 2-3 mois, il sourit à ses parents).
Exprimer ses besoins (pleurs, gazouillis, gestes).
Se calmer grâce à la présence d’un adulte (un câlin, une voix douce, un bercement).
Exemple concret : Un bébé de 6 mois pleure quand un inconnu le prend dans ses bras. Ce n’est pas de la « timidité », mais une réaction normale : il distingue maintenant les visages familiers des inconnus. Réaction parentale possible : « Je vois que tu préfères rester avec moi, c’est normal. On va y aller doucement. »
Ce que les parents peuvent faire :
Répondre aux pleurs (même si on ne comprend pas toujours la cause).
Nommer les émotions : « Tu as eu peur, je suis là. »
Sans culpabiliser : un bébé peut pleurer même avec des parents attentifs. Ce n’est pas un échec.
1-2 ans : l’émergence de l’autonomie et des « grosses colères »
À cet âge, l’enfant :
Commence à marcher, à explorer, et à dire « non » !
Vit des émotions intenses (joie, frustration, colère) qu’il ne sait pas encore gérer.
A besoin de limites pour se sentir en sécurité.
Exemple concret : Un enfant de 18 mois hurle parce qu’il veut un jouet interdit. Réaction parentale possible : « Je vois que tu es très en colère. Tu as le droit d’être fâché, mais tu ne peux pas avoir ce jouet. Viens, on va souffler ensemble. » → L’objectif n’est pas de faire taire la colère, mais d’aider l’enfant à la traverser.
Ce que les parents peuvent faire :
Valider l’émotion avant d’agir.
Proposer des choix pour lui donner un sentiment de contrôle : « Tu veux mettre ton pull bleu ou le rouge ? »
Accepter l’imperfection : un enfant qui fait une crise dans un magasin n’est pas un signe d’échec parental. C’est normal.
2-3 ans : la socialisation et la complexité des émotions
Vers 2-3 ans, l’enfant :
Commence à jouer avec d’autres enfants (même si c’est souvent « côte à côte »).
Exprime des émotions plus nuancées (jalousie, honte, fierté).
Imite les réactions des adultes.
Exemple concret : Un enfant de 2 ans et demi pousse un autre enfant dans le bac à sable. Réaction parentale possible : « Je vois que tu es fâché parce que Lucas a pris ta pelle. Mais on ne pousse pas, ça fait mal. Tu peux lui dire avec des mots : ‘C’est à moi !’ » → On nomme l’émotion, on pose une limite, et on propose une alternative.
Ce que les parents peuvent faire :
Jouer des scènes sociales avec des poupées ou des figurines pour l’aider à comprendre les émotions.
Montrer l’exemple : « Moi aussi, je suis triste parfois. Je vais prendre un câlin. »
Relativiser : un enfant qui mord ou tape n’est pas « méchant ». Il teste, il apprend.
Les parents : des acteurs majeurs, mais pas des magiciens
Les travaux de Bowlby montrent que la qualité de la relation parent-enfant influence profondément le développement émotionnel. Mais ils rappellent aussi que :
L’attachement n’est pas une science exacte : un parent stressé, fatigué ou imparfait peut tout à fait offrir un attachement sécurisant.
L’enfant a son tempérament : certains bébés sont naturellement plus craintifs ou plus coléreux, indépendamment de l’éducation.
L’environnement compte : une séparation, un déménagement, une maladie peuvent perturber temporairement l’équilibre émotionnel de l’enfant.
Exemple rassurant : Un parent qui travaille beaucoup et ne peut pas être présent 24h/24 n’est pas un « mauvais parent ». Ce qui compte, c’est la qualité des moments partagés (un câlin le matin, une histoire le soir) et la constance affective (« Même si je ne suis pas là, je pense à toi »).
En pratique : comment favoriser un développement émotionnel harmonieux ?
Âge | Besoin principal de l’enfant | Ce que les parents peuvent faire (sans pression !) | Exemple concret |
0-12 mois | Sécurité et régulation | Répondre aux pleurs, câliner,parler doucement | « Je suis là, mon cœur. » en le prenant dans les bras. |
1-2 ans | Exploration et limites | Valider les émotions, poser des cadres simples | « Tu es fâché, je comprends. Mais on ne tape pas. » |
2-3 ans | Socialisation et expression | Nommer les émotions, jouer des scènes sociales | « Regarde, la poupée est triste. On peut lui faire un câlin ? » |
Message aux parents : vous faites déjà assez
Vous n’avez pas besoin d’être des parents parfaits. Votre enfant a besoin :
De votre présence (pas de votre perfection).
De votre amour (pas de votre exhaustivité).
De votre authenticité (pas de votre contrôle total).
Un dernier exemple : Un soir, épuisée, une mère donne un biberon à son bébé devant la télé, au lieu de lui lire une histoire. Elle se sent coupable. Pourtant, ce bébé se souvient surtout du câlin qu’elle lui a fait avant de dormir, et de sa voix qui lui a murmuré « Je t’aime ».
Vous êtes assez. Juste comme vous êtes.


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